QUELLE  « MODERNISATION  SOCIALE » ? - 16 Janvier 2002

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QUELLE  « MODERNISATION  SOCIALE » ?

Le Conseil Constitutionnel vient de rejeter une partie du dispositif anti-licenciement concocté par le Gouvernement. Il ne pouvait pas en être autrement pour un plan, élaboré en catastrophe par des Mandarins partagés entre la logique économique et l’impératif social. 

Dans leur désarroi ils ont même trouvé malin de baptiser de «  Plan de Modernisation Sociale » un ensemble de dispositions qui va pénaliser les Entreprises et aussi, à terme, les Salariés ! Si la ‘Modernisation Sociale’ consiste essentiellement à augmenter  le coût des licenciements, on peut se demander comment l’on appellera demain le véritable « Progrès social » ?



Les coupables sont les Financiers et les Politiques
. En effet, les vrais responsables des licenciements, ce ne sont pas seulement les entreprises. Ce sont aussi et surtout les financiers qui depuis toujours imposent aux Politiques et aux Entreprises, les mauvaises  règles d’un jeu économique, qui n’a qu’un seul objectif, le profit. Le malheur est que, soit par laxisme, incompétence ou inconscience, les Hommes Politiques ont peu à peu favorisé l’instauration de la ‘Loi de la jungle’ dans notre système économique qui à présent, n’offre plus aux Entreprises qu’une seule alternative : « Tuer ou être tuées ». 

C’est à dire, pour les plus faibles d’entre elles, licencier pour ne pas mourir, mais aussi pour les plus fortes, licencier pour faire toujours plus de profits ! Malheureusement, la faune humaine est encore plus sauvage que la faune animale, car si dans la jungle écologique les animaux ne tuent que pour se nourrir, dans notre jungle économique, les Hommes eux, tuent en permanence pour s’enrichir !

Oui ce sont bien les Politiques, qui en n’assumant pas leur responsabilités, ont permis, sinon accepté, en ‘amont’, le développement d’un ultra-libéralisme excessif dont le seul et unique dogme est de ‘laisser-faire, laisser- passer, laisser-aller’, qui génère en ‘ Aval ’, un système inéquitable qui favorise les profits pour une petite minorité de privilégiés, mais qui en contre partie, provoque des injustices et des licenciements pour une grande majorité de Salariés !



Ne pas fragiliser les Entreprises.
Comme pour masquer ses erreurs et son incapacité à gérer, le Gouvernement aujourd’hui crie haut et fort haro sur les Entreprises et veut les pénaliser encore plus, en instaurant des lois ‘anti-licenciement’, sans comprendre que ces mesures vont au contraire accroître encore plus, le Chômage en France.

Augmenter le coût des licenciements pour maintenir à tout prix des emplois devenus plus ou moins fictifs est une totale aberration. Pour les grandes Firmes prédatrices qui licencient pour s’enrichir davantage, cela peut se comprendre. Et encore car la concurrence internationale est là. Mais pour les P.M.E., surtout pour celles qui ne vont pas trop bien , cela équivaut ni plus ni moins à précipiter leurs faillites ! Supposons que ne pouvant pas par exemple, payer de lourdes indemnités de licenciement, une P.M.E. attende trop longtemps pour licencier  quelques Salariés, afin de d’ajuster son effectif aux besoins du marché, il se pourrait qu’elle soit obligée dans les mois qui suivent, de déposer son bilan et donc de licencier tout le monde ! Qui aura gagné dans l’affaire ? 



L’inéluctable  R.T.T.
Qu’on le veuille ou non, la Réduction du Temps de Travail, est à présent devenue inévitable. En effet, grâce à nos progrès nous travaillerons de moins en moins et nous produirons toujours de plus en plus ! Nous allons vivre ce d’aucun appelle la fin de ‘ l’esclavage moderne ‘, ce qu’un grand sociologue américain, Jérémy Rifkin, nomme «  le déclin inexorable de l’emploi ». Ajoutons que ce n’est pas quelques embellies sporadiques ou le développement des Nouvelles Technologies, qui changerons quelque chose à cette évolution lourde et irréversible. En toute logique, l’on ne peut avoir à la fois, des ateliers et des bureaux qui s‘automatisent, s’informatisent et qui produisent de plus en plus vite, et le plein-emploi à 40  ou même à 35 Heures par semaine, pour tous !

 
« Dans un marché donné, c’est le différentiel ’ croissance / productivité ‘ qui crée ou supprime des emplois » Toutes les autres argumentations ne sont que des ratiocinations ! Alors, comme en ce moment, où la croissance économique n’augmente que de 2 % par An , et que la Productivité elle, s’accroît facilement du double, les Entreprises se trouvant continuellement en sur-effectif, sont dans l’obligation absolue de licencier ! 



Nos Dirigeants n’ont pas compris
qu’en ce début de XXIe Siècle leur combat contre les suppressions d’emplois, est totalement dépassé et anachronique, et qu’il ne s’inscrit plus dans le sens de l’Histoire ! En effet, grâce aux immenses progrès technologiques réalisé par les Hommes depuis l’aube des temps, le ‘ Concept  du Travail ‘ qui a été jusqu’à présent le fondement même de nos Sociétés Modernes a perdu son caractère sacré. Alors maintenant, au lieu de perdre du temps dans des luttes stériles et d’arrière garde, les Politiques doivent œuvrer à démythifier le Travail et à démystifier  le chômage. Cette perte d’activité, considérée jusque là comme un fléau, sera demain une chance pour saisir d’autres opportunités, et permettre à tout un chacun de trouver d’autres voies ou de réaliser d’autres ambitions

Bien sûr le mal étant fait, il faut dans l’immédiat prendre toutes les mesures nécessaires pour soigner au mieux les victimes de cette monumentale erreur sociale et économique que constitue le Chômage. Même si pendant quelques temps encore, les licenciement seront inévitables, toutes les dispositions doivent être prises pour qu’aucun chômeur n’en souffre ! Ce n’est tout de même pas aux Gouvernés de payer les erreurs des Gouvernants ! 

Mais dés aujourd’hui, il faut  nous projeter vers l’avenir et anticiper quelque peu  les mutations de notre Société. Parce que plus nos progrès technologiques avanceront plus le temps de travail se transformera en temps disponible, et plus il faudra trouver, et aussi de financer, des activités nouvelles mieux adaptées au Monde nouveaux qui se dessine. Déjà, en plus des trois secteurs existants, commence à émerger le secteur dit ‘quaternaire’ dans lequel les activités immatérielles, plus conformes aux aspirations actuelles des Hommes surtout des Jeunes, prendront le pas sur les activités matérielles. Le formidable développement du monde associatif, qui à notre époque comprend plus de 800 000 Associations, pour un budget de l’ordre de 230 Milliards, prouve bien que cette évolution est inéluctable !



Finie l’usine de Papa et Grand Papa
dans laquelle, ‘ profit et productivisme ‘, sont les maîtres mots. Demain nombreux seront ceux qui voudront trouver une réponse, à leur aspiration de développement personnel dans des activités d’utilité publique, ou à leur besoin de s’impliquer dans des travaux collectifs ou des activités humanitaires. Tous ces travaux ou actions pourtant nécessaires que l’on ne fait pas sous prétexte que cela coûterait trop cher !

Alors se pose la question du financement. A ce jour trois idées peuvent être avancées :

Tout d’abord, remettre de l’ordre dans le colossal budget du traitement du chômage : le montant faramineux des indemnités, toutes les aides et allocations accordées sinon gaspillées, les primes et les exonérations à l’embauche, notamment pour les 35 h., les stages bidons, les faux emplois, etc

Le sociologue Français, Roger Sue, a émis l’idée  de taxer les entreprises qui réalisent des gros bénéfices, faisant ainsi participer indirectement les actionnaires au financement d’actions sociales.

Quant au philosophe du travail, André Gorz, il propose la création d’une « Allocation universelle de revenu », ce qui est très différent mais qui faciliterait bien notre grande mutation socio-économique.


Parce qu’il ne fait aucun doute en effet, que nous allons vivre une fantastique mutation sociétale. Il appartient à nos Dirigeants de nous nous y préparer et de prévoir les évolutions sociales qui déjà s’annoncent, inventer des activités nouvelles, envisager des formes nouvelles de rémunération,  créer des structures de formation et d’éducation permanentes plus intellectuelles et peut-être aussi spirituelles, transformer l’économie de marché en économie humaine, veiller à ce que le progrès technologique génère du progrès social, etc…etc…

C’est à dire en un mot, faire véritablement un  « Plan de Modernisation Sociétale »

 

Raymond  MONEDI 
Président Honoraire d’ ‘ADOUR COMPETITIVITE
Manager du ‘ Cercle  P.E.P.‘

 

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