Le Travail et L'emploi   

 

Les 35 Heures la grande désinformation
Le double langage du MEDEF

 

 

Aujourd’hui, il est de bon ton au sein du MEDEF, de crier haro sur tout ce qui bouge. De crier haro sur les 35 heures, haro sur la démotivation du personnel, haro sur la France paresseuse, haro sur les bas-salaires qui sont trop élevés, etc…Mais ce sont surtout les 35 H., ce mal qui répand la terreur, comme disait le fabuliste, qui sont l’objet de votre actuelle fureur. Vous n’allez tout de même pas nous renouveler le coup des Américains avec l’Irak, et tenter de faire croire au monde, que les 35 H. sont une arme de destruction massive de l’économie Française ! Votre attitude est assez difficile à comprendre, car après avoir accepté cette loi, pas de gaieté de cœur certes, mais accepté quand même, vous voulez à présent la supprimer ! Ce serait une erreur historique ! Et votre comportement dans cette affaire, Messieurs les patrons, n’est pas digne de responsables. Comment en effet peut-on gouverner un Pays, si chaque nouveau Gouvernement remet en cause les décisions du précédent ? Mais cette manière de procéder du patronat, ne me surprend pas.


Le double comportement coutumier des Patrons.

Non, je ne suis pas très surpris, car ayant fait partie pendant quelques temps du sérail*, (à l’époque du CNPF), je connais assez bien le principe du double langage, pratiqué chez les chefs d’entreprises. Précisons d’ailleurs à la décharge des patrons Français, qu’ils ne sont pas les seuls à l’utiliser. Les Japonais qui l’ont érigé en institution, lui ont même donné un nom, le ‘honne-tatemae’. Cette façon de parler à double sens, qui consiste à toujours bien adapter ses communications au public auquel on s’adresse, permet de masquer ses véritables pensées ou intentions. Ce parler-faux, différent selon son usage, interne ou externe, génère une désinformation permanente, qui est à coup sûr, la raison pour laquelle le patronat n’est jamais très bien compris.

- Un exemple concret de ce double comportement, est donné lors des réunions mensuelles patronales. En effet, ce qui m’a toujours surpris chez vous les patrons, c’est que pris séparément vous êtes quasiment tous des gens bien. Dans une grande majorité vous êtes bons, compréhensifs, en un mot Humains, et souvent même vous êtes aimés de votre personnel. Mais le problème est que, dés que vous êtes réunis entre vous, ces belles qualités vous tenez à les cacher ! C’est à celui qui sera le plus dur, le plus féroce, le plus inhumain. C’est à celui qui fera la plus forte impression d’âpreté et de méchanceté pour se faire admirer de ses pairs. Là, il vaut mieux passer pour une peau de vache que pour un brave type !

- Un autre exemple de double comportement est apparu lors de la mise en place des 35 heures. Dés le début vous vous êtes tous élevé contre cette disposition destinée pourtant à réduire le chômage. Ensemble, vous avez crié haut et fort que cette réduction d’horaire était absurde et dangereuse et qu’elle allait mettre en péril toute notre économie . Il n’empêche que chacun de vous, pris séparément, n’y était pas farouchement opposé. Au point d’ailleurs, que de nombreuses entreprises et notamment des grandes, ont mis les 35 heures en place, presque avant l’heure ! Et je suis quasiment certain qu’aujourd’hui, une forte majorité de ces chefs d’entreprises doivent se louer d’avoir pris cette décision, car la Réduction du Temps de Travail, la fameuse R.T.T. aurait, contre toute attente, amélioré leur compétitivité.
 

Au MEDEF, la chasse à la compétitivité est ouverte.
Au nom de la sacro-sainte rentabilité et du profit à tout va, le patronat veut à tout prix sauvegarder la compétitivité des entreprises. Bien oui, mais les hommes on s’en fout ! Plus ils accroissent leur productivité, plus on les licencie. Normal, on jette bien les kleenex lorsqu’ils ont servis ! Par cet égoïsme invétéré, on pourrait même imaginer que lors de leurs réunions mensuelles, les patrons, notamment ceux du CAC 40, donnent à présent leur taux d’efficacité, leur « Score BRIO ». Un score, qui en raison de ses critères doit bien sûr rester confidentiel. Mais on aurait appris grâce à un ‘micro caché’, que les bases de calcul de ce taux seraient : d’une part, le nombre de personnes licenciées dans le mois, et d’autre part, le pourcentage de la hausse des bénéfices. Ce ratio serait pondéré par le taux de modernisation et d’automatisation du matériel. Un jour, le micro caché aurait même saisi des bribes de conversations faites en aparté entre deux patrons :

- Dis Michel, et toi t’en as dégommé combien ce mois-ci ?
- De quoi ? Des perdreaux ?  (Michel est un grand chasseur)
- Mais non abruti, des Salariés !
 

Comment avez-vous osé parler de « France paresseuse » ?
Depuis quelques temps, aidé en cela par le Gouvernement, le MEDEF s’est lancé dans une vaste campagne de désinformation aussi insidieuse que dangereuse pour la Nation. Pour donner un sens à leurs méprisables ambitions et culpabiliser les Citoyens, ils ont inventé le terme honteux de « France paresseuse ». Dépités de ne pas avoir tous les salariés à leurs bottes, et obéissants comme des toutous, ils veulent faire accroire que tous les Français sont des fainéants. Non Messieurs, ne vous en déplaise, la France n’est pas paresseuse ! Il serait même plus juste de parler de « France intelligente », pour avoir compris en premier que le labeur excessif ne fait pas le bonheur. Et aussi de « France Modèle » qui, au-delà de ses compétences technologiques et de son patrimoine culturel a, qu’on le veuille ou non, servi et sert encore d’exemple et de creuset d’expérimentations sociétales, à presque tous les autres Pays industrialisés! Et n’en doutons pas, les 35 heures et le principe de la « réduction progressive du temps de travail, en fonction de l’accroissement des progrès technologiques », feront date demain.

Mais assez philosophé, je voudrais quand même tordre le cou à certaines contre-vérités que vous assénez de façon péremptoire dans cette honteuse campagne de désinformations que vous menez et qui a été reprise par l’un de vos éminents membres, Monsieur Edouard Michelin dans le long interview qu’il a accordé au FIGARO économie, le 30 Septembre dernier.
 

Le grand avènement d’un fils à papa.
On ne présente pas Monsieur Michelin car tout le monde se souvient de lui ; c’est en effet le premier patron qui, il y a quelques années a fait l’énorme boulette d’annoncer, quasiment en même temps, des centaines de licenciements et un accroissement substantiel de ses bénéfices. C’est d’ailleurs de cette incohérence possible à laquelle personne n’avait pensé, qu’une nouvelle Loi est née ! A part la mauvaise intention, cette erreur de jeunesse est très compréhensible, quand on sait que le jeune Edouard, fils de son père, a hérité du jour au lendemain, d’une des plus grosse fabrique de pneumatiques du monde. C’est ainsi que trop jeune et sans expérience, il est directement entré dans la cour des grands, du fameux CAC 40.

Mais il promet le jeune P.D.G., il pige vite ! Il est vrai qu’à vivre avec les loups, on devient vite loup. On peut déjà remarquer, qu’il a été le seul grand patron à refuser de divulguer le montant de sa rémunération totale pour 2 003. On sait néanmoins par la presse, qu’il est dans le trio de tête. On sait aussi que c’est lui qui s’est accordé la plus forte augmentation de salaire de tout le CAC 40. Une hausse de 146 % , pour atteindre la bagatelle de 4,26 millions d’euros, pour l’année 2 003. (Soit pour les anciens, près de 3 milliards de centimes). Oui, Oui, c’est vrai, dixit la presse économique ! Pour résumer, disons qu’en tant que grand patron social qu’il veut être, lorsqu’il augmente les salaires de ses employés de 2,5 %, lui, Monsieur Edouard Michelin, multiplie tout bonnement le sien, par 3 ! C’est du social à rebours.

Vous dites qu’avec les 35 H. les salariés sont moins impliqués par le travail et qu’un climat général  incite plus à l’assistanat qu’à la volonté de gagner. Faux Messieurs ! C’est vous qui cherchez, avec votre double langage, à développer une ambiance de sinistrose généralisée qui pénalise, et l’économie et le moral, de la France entière ! En effet, ce ne sont pas  les 35 H., mais votre incroyable incompétence et ignorance des sciences humaines, qui démotivent totalement les travailleurs. Y compris le fait, que lorsque des entreprises ‘gagnent’ ce sont vous, les patrons, les cadres et les actionnaires, qui empochez  toute la mise. Pourquoi donc voulez-vous que les salariés eux, se ‘décarcassent’ ? Aujourd’hui, ils ont compris que sans …., ils seront toujours les dindons de la farce. Ils ne sont ni idiots ni masos !

Vous dites que les 35 H. ont fait perdre 10% de productivité et de pouvoir d’achat au Pays.
Totalement faux ! Et sur ce plan, quelle mauvaise foi évidente de l’ensemble du patronat. Depuis l’avènement des 35 H. les entreprises n’ont jamais fait autant de bénéfices ! Comment pouvez-vous, vous personnellement Monsieur Michelin, expliquer autrement, les résultats époustouflants de votre entreprise ces dernières années ? Oui ! comment pouvez-vous expliquer que, rien que pour le premier semestre 2 004, vous puissiez déclarer un quasi-doublement de votre bénéfice net, à près de 330 millions d’euros. Et ce attention, après avoir payé les larges augmentations de salaires de votre staff, les juteux dividendes de vos actionnaire et aussi n’oublions pas, le ‘triplement’ de votre belle rémunération. Et après cela vous osez dire que la productivité de vos salariés a baissé ! Chapeau Monsieur et merci pour eux !   
Vous avez beau jeu après cela de parler de ‘Pouvoir d’Achat’. Vous, et tous vos pairs n’avez jamais réalisé que l’accroissement du P.A., c’est à vous patrons, qu’il incombe ! Tout simplement  par le ‘Partage Equitable’ des résultats des entreprises. En donnant un peu moins en haut et un peu plus en bas.


Vous dites aussi que les coûts de production sont trop lourds
, parce que le SMIC et les bas salaires sont trop élevés. Faux ! Quelle hypocrisie ! Comme si les hauts salaires et les avantages que vous vous allouez, ne faisaient pas partie de la masse salariale ? Réduisez l’ensemble de vos hautes rémunérations abusives et vous verrez ensuite, comment vos prix deviendront compétitifs !

Vous dites, avec le MEDEF, que les 35 H. n’ont pas créé beaucoup  d’emplois !
Vrai ! Mais par votre faute Messieurs ! Et là, votre technique du « double langage » a fait fort : Vous avez feint de croire que la loi des 35 H. était le but final à atteindre, alors que vous saviez très bien que la véritable finalité de cette loi, était de réduire le chômage en créant massivement des emplois. Dans ces conditions, ayant  analysé que de passer de 39 à 35 h., c’était réduire les horaires de 10 %, vous avez incité discrètement, en catimini, toutes les ouailles patronales à tout faire pour accroître leur productivité de 10 %, afin de ne pas avoir à embaucher lors de l’application de la Loi. C’est ainsi que les entreprises ont modernisé et automatisé leurs matériels au maximum, ont motivé et joué à fond la carte des ressources humaines, ont amélioré et rationalisé leurs organisations, afin de gagner un maximum en productivité. De cette façon, les entreprises étant parvenues sensiblement à la même production, n’ont pas eu à embaucher lorsque les 35 H. furent venues, Et cerise sur le gâteau, avec cette astuce machiavélique, des patrons ont néanmoins profité de toutes les primes et subventions que l’Etat à largement distribué pour aider à la R.T.T. ! L’effet d’aubaine, vous connaissez ? Autre cerise : c’est ce fort accroissement des investissements productifs  de l’époque, qui génère les résultats exceptionnels et imprévus  que font les entreprises aujourd’hui.

 

Cessez de répéter que la France ne travaille pas assez !
Il est notoire d’affirmer, et dans le monde des affaires on y excelle, que l’on peut faire dire aux chiffres tout ce que l’on veut ! Après l’aspect ô combien négatif du MEDEF, je vous propose un calcul simpliste certes, mais plus positif et très significatif : Supposons qu’aujourd’hui la population active de la France, soit approximativement de 20 Millions de personnes et que l’horaire hebdomadaire soit de 39 heures comme précédemment : nous aurions par semaine un total d’heures travaillées de :

            20 000 000 personnes X 39 heures =  780 Millions d’heures de production

Supposons à présent, que l’on réduise les horaires de 10 %, pour passer à 35 heures, et qu’en compensation, l’on embauche 10 % de chômeurs en plus - soit 2 millions-, nous aurions un total de :

            22 000 000 de salariés X  35 heures = 770 Millions d’heures de production

C'est-à-dire, très sensiblement la même production. Avec la différence que nous aurions mis 2 millions de chômeurs au travail ! Que vaut-il mieux avoir, 20 millions de salariés qui travaillent comme des dingues, stressés et saturés  d’heures sup., ou bien, 22 millions de personnes qui travaillent sereinement, sans pression et avec des temps judicieux de repos et de loisirs ? Nous aurions là une France plus intelligente et plus réaliste,  qui une fois de plus jouerai pleinement son rôle de précurseur sociétal
Oui, mais qui va payer ? Pour peu que l’on y réfléchisse c’est en grande partie déjà payé, par les charges salariales versées par les entreprises au titre du chômage. Car si, avec les 35 H., l’on réduit le nombre de chômeurs, supposons de 70 %, rien de plus normal que de récupérer 70% de ces charges patronales et salariales! Il est quand même plus logique de payer des chômeurs au travail, qu’à ne rien faire. Ces chiffres sont approximatifs, bien sûr, …. il reste à nos éminents économistes de cogiter …….

Pour le grand patronat, s’opposer à la R.T.T. est un combat perdu d’avance.
On voit bien aujourd’hui, contrairement à ce que nous disaient tous nos experts économiques, que jamais la croissance ne réduira le chômage. Quand admettront-on enfin, que « c’est la différence entre les taux de productivité et les taux de croissance qui crée ou détruit des emplois. »*. Et que lorsque, dans un marché donné, les gains de productivité générés par le progrès deviennent trop élevés, il n’y a pas d’autre solution, qu’on le veuille ou non, que de Réduire le Temps de Travail !

C’est ainsi que d’un horaire hebdomadaire de 80 H. en 1850, nous sommes progressivement parvenus, grâce à nos progrès technologiques, à 39 H. en 1982. Soit en 130 ans une réduction moyenne de temps de travail de : une heure tous les 3 ans ! Alors pourquoi, pour quelles raisons occultes devrions nous, aujourd’hui en 2 004, nous arrêter au chiffre fatidique de 39 H. de travail par semaine ? Le progrès des hommes, lui, ne s’arrête jamais. Heureusement, car c’est par lui que l’humanité avance ! Et ce n’est pas parce que les 35 H., à la sauce AUBRY,  sont une aberration totale qu’il faille les jeter avec l’eau du bain. Que vous l’admettiez ou pas, cette R.T.T. est obligatoire, si l’on veut vraiment réduire le chômage ! Alors, tout MEDEF que vous soyez et quelque soit l’intérêt matériel que vous cherchez, rien ni personne ne pourra arrêter l’irrésistible progression vers le haut de l’humanité ! Au niveau où nous sommes déjà parvenus en ce début de troisième millénaire, des entreprises oui bien sûr, mais au service de l’Homme ! Et non pas l’inverse ! Pourtant Messieurs les patrons, si vous saviez,…… Si vous vouliez……*

 

                                                                                Raymond MONEDI
                                                                                  « Cercle P.E.P. »
                                                                                        Octobre 2004

 

 

 

   

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